#4 [Lucky Luke, des gens concernés, exposés, informés ou non, les inquiétudes des « vecinos »]

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 On s’envoie des fleurs

Je n’ai pas oublié ma promesse d’envoyer des graines

à mes généreux donateurs. Pour l’instant il n’a pas été simple

de trouver des fleurs typiques d’Argentine, peut-être serait-il

plus facile dans une autre région. Il y a une marché d’échange de graines

2 samedis par mois à l’université je me rends au prochain

pour essayer de vous trouver le meilleur !

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jaunemarine floMODIF2#4

Remerciements spéciaux à ma grande amie Flo pour cette nouvelle version de JauneMarine qui orne les newsletters désormais.

L’enquête continue

Lucky Luke du questionnaire

Elle tire plus vite que son ombre, armée de son stylo à encre bleue et de son questionnaire aiguisé !

 J’ai réduit le nombre de dispensaires. Désormais je me rends dans 2 d’entre eux, ayant terminé les interviews dans les deux autres. Dans le contexte actuel, mieux vaut une surface d’étude plus petite avec plus de données statistiques. Par chance, les dispensaires restants sont dans des quartiers moins pauvres, il est donc beaucoup plus facile de convaincre les gens de participer. Déjà de loin, j’ai l’impression de pouvoir discerner un nombre anormalement grand de maladies respiratoires. Reste à voir si cela sera significativement discriminant. Par contre, niveau nombre de cancer les chiffres ne me paraissent pas particulièrement élevés.

Il ne me reste plus qu’une semaine d’enquête, après quoi je m’attèlerais à l’analyse des données.

IMG_20141104_115631J’ai aussi réussi à m’arranger avec mes collègues qui étudient le transport du glyphosate par le vent (et par l’eau également désormais), afin de les accompagner à l’installation des stations collectrices de sédiments dans les champs. Ainsi, avec de la chance j’aurais l’occasion de filmer aussi les champs et les fumigations de pesticides. Cela signifie se lever à 5h30 pour aller creuser des trous de 1m de profondeur pendant 8 heures sous un soleil de plombs. Pas vraiment ce qu’on appelle une cure de jouvence mais ça les vaut bien je pense !

 Face caméra

Le reportage vidéo avance lui aussi. Il a pris un sacré coup de fouet suite à la rencontre d’un habitant d’un ‘’pueblo fumigado’’ (village qui subit l’application des pesticides près des maisons) qui m’a donné un contact ce qui a ensuite fait boule de neige.

J’ai donc pu rencontrer les habitants dudit village et j’ai récolté nombre de témoignages. Face caméra, des habitants qui vivent à 2m des champs, des mamans inquiètes pour la santé de leurs enfants et les fondateurs du mouvement contestataire. Trouver des gens « informés et éduqués » sur le sujet n’est pas aussi simple. Néanmoins, je suis parvenue à avoir un entretien avec un ingénieur agronome et un deuxième est prévu pour la semaine prochaine. Cela me permettra de comprendre mieux le ‘pourquoi’ de cette évolution de l’agriculture intensive.

Au fil des rencontres et des discussions, j’ai compris qu’il y avait plusieurs types de gens vis-à-vis de cette problématique.

Le non informé. Ce sont en général les gens des quartiers les plus pauvres qui ne connaissent pas le sujet, n’ont pas de prise de conscience et n’ont pas d’avis sur la question. Ils ont d’autres préoccupations en priorité. Ce sont aussi les gens les plus exposés aux pesticides car vivant dans les villages de campagne ou les quartiers périphérique des villes.

Le non concerné. Ces personnes en connaissent un peu plus mais ne voient jamais de fumigations dans leur quotidien et même si ils considèrent les pesticides comme dangereux (de par la tv), ils ont également d’autres priorités.

Le concerné et informé. Cette catégorie de personne non seulement ont un avis sur la question mais se sentent concernés car ils sont exposés et/ou on vu des effets sur la santé. Néanmoins, leur

information vient majoritairement de la télé également et n’est donc pas entièrement basé sur des faits objectifs.

Le concerné non exposé. En général des étudiants qui ont accès à l’information de par les mouvements étudiants et conférences qui ont lieu à l’université. La majorité est contre les pesticides, le système d’agriculture intensif et les OGMs, excepté les étudiants d’agronomie. D’autres ont un discours moins extrême et font remarquer que les pesticides ont une utilité et que seul leur mauvais usage est nocif pour la santé et l’environnement. Quant à savoir qui est responsable de ce mauvais usage, les avis divergent et en général les politiques sont mis en cause.

Et enfin : l’informé, concerné et non exposé. Cette classe d’individus est en général très éduquée et concerne les professeurs de l’université, les professionnels de santé et autres professionnels qui ont fait des études supérieures. Dans cette catégorie on retrouve à la fois des contestataires, des neutres et dans gens en faveur du système agricole actuel en Argentine.

Il faut quand même noté qu’au moins 90% des gens que j’ai rencontré a un un avis même vague comme quoi les pesticides et les OGMs sont mauvais pour la société.

Les villages fumigés

Malvinas Argentinas, Monte Maiz, Ciudad Parque… autant de villages qui luttent contre les fumigations, le sprayage des pesticides à quelques mètres des maisons que ce soit par la terre ou par les airs.

Les protestations des « vecinos »

Vecinos signifie voisins, ce sont eux, autrement dit les habitants qui sont directement exposés aux pesticides, qui sont à l’origine du mouvement de contestation. C’est sur leur impulsion qu’a commencé il y a une dizaine d’années une prise de conscience de la société, des politiques et de la recherche. C’est par exemple le cas du barrio ituzaingo annexo dans lequel une grande étude a été faite suite aux plaintes des « vecinos » constatant un nombre de maladies chez les gens du quartier inquiétant.

1522212_255089371326959_1881263461_nJ’ai pu rencontrer un des fondateurs de l’association Semilla del Sur, Pablo, qui lutte contre les fumigations dans les champs accolés à son village Villa Cuidad Parque. Suite à 8 ans de démarches et combats, l’association de vecinos a réussi à obtenir un arrêt de justice afin d’interdire de spayer par voie terrestre les pesticides dans les champs autours des habitations. C’est une victoire mais qui laisse un arrière-gout amer car même si l’arrêt de fumigations est un vrai pas en avant, on reste méfiant quant à l’application de la loi sur le long terme et cette mesure parait dérisoire face aux problèmes de santé contractés par la population. Depuis la nouvelle loi de juillet 2014, tous les villages sont protégés des fumigations aériennes. Néanmoins, ceux protégés contre les fumigations terrestres (qui restent la majorité mais moins dangereuses) sont rares.

Monte Maiz

Une toute récente étude a néanmoins montré que le nombre de cancers du poumon était 5 fois plus élevé à Monte Maiz que dans le reste du pays alors que les pourcentage de fumeurs y était très faible. Néanmoins, le taux de malformation n’était pas anormal. Par contre, les taux de hypotiroidie et de diabète ainsi que les nombre de maladies respiratoires y est 25% plus élevé que dans la population de référence (article traduit en français ICI)

Le cas de Malvinas Argentinas

Un autre exemple de lutte contre les pesticides mais il ne s’agit pas de fumigations dans ce cas-ci mais de lutter contre Monsanto.

En effet, l’entreprise a le projet d’y installer une usine de conditionnement de semences (aticle traduit en français).

Ils ont signé des accords avec la municipalité et ont commencé à construire sans en aviser les résidents.

Le risque d’exposition est plus faible que pour les villages fumigés, car il s’agit principalement de stockage et traitement des grains. Cela implique néanmoins l’utilisation de produits chimiques. Non. Le combat est directement dirigé contre la multinationale qui, clairement considérée comme le diable, est la cause du système d’agriculture intensive, impliquant abus d’utilisation des pesticides, culture des OGMs etc. Cette lutte a commencé il y a 2 ans, soit alors qu’on entendait déjà parler de ces problèmes.

Comme moyen de pression, un camp a été levé à l’entrée du site de construction. J’y m’y suis rendue lors de l’anniversaire des deux ans de lutte. L’ambiance y était très sérieuse et presque maussade. Les manifestants y vivent en permanence, se relayent sur une base de volontariat non organisé. Par une chaine humaine, ils font barrage aux camions qui amènent les matériaux de construction tous les jours.1658430_10203579297656189_1751756038899965767_oMalgré tout, on peut voir les silos pointer du sol (cf photo). Les conditions de vie sont très difficiles. Les deux seuls abris en durs sont faits de terre et matériaux de récupération, sinon on dort en tente. Le vent y est à défriser un mouton, au point que ma tente a failli s’envoler. J’ai dû manger au moins 100g de poussière au cours du weekend. Il n’y a pas d’eau courante ni d’électricité bien entendu. Sur la photo on voit les barrières qui séparent le site de construction du camp. Il y a également des gardes armés et des rondes en voitures aux vitres teintées de l’autre côté des barbelés.

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